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Nyon 2001 (1)
Nyon 2001 (2)

 Stefan Fausch (en blanc) ne pèse pas lourd sur les épaules du  

Respecter plus faible que soi est la vraie force des forts

Discours lors de la cérémonie d’ouverture de la Fête fédérale de lutte suisse et de jeux alpestres de 2001, Nyon

Chers amis lutteurs et autres sportifs, visiteurs venus des villes ou des campagnes,

Je ne suis pas le premier président de la Confédération à être un peu jaloux du roi de la lutte. Car, comme tous les présidents, je dois rendre mon mandat au bout d'une année alors que le roi de la lutte suisse, lui, est roi pendant trois ans, voire plus s'il renouvelle son exploit.

Pendant trois ans donc, il descend de bon gré dans l'arène, alors que nous, les présidents, nous sommes pratiquement cités à comparaître devant les caméras de l'émission « Arena ». Si nous n'y allons pas en personne, nous sommes obligés de la regarder, ce qui est souvent presque pire. Et si nous y allons, personne ne va nous essuyer le dos, on va plutôt chercher à nous enfoncer...

Cette tradition qui est la vôtre et qui consiste à essuyer le dos de l'adversaire après lui avoir mis les épaules à terre est plus qu'un simple geste : c'est un vieux symbole helvétique de la manière dont on traite un adversaire dans ce pays, à savoir comme un sportif et non comme un ennemi.

Il y a malheureusement des exceptions dans le monde politique, dans le monde des affaires et même dans le monde du sport.

Une de ces exceptions était le vol de la pierre d'Unspunnen, symbole de cette fête, qu'on vous a restituée, mais pas comme elle était lorsqu'on vous l'avait dérobée. Non, pour moi, cet acte était tout sauf sportif ! Je le dis ici avec conviction, comme je l'ai dit avec conviction avant la votation sur la loi sur l'armée et le 1er août :

Notre pays cultive la tradition du franc-jeu. On doit le rappeler à certains hommes politiques, à certaines agences de publicité ou à certaines entreprises. On doit leur dire : Allez à la Fête de lutte suisse ! Vous y apprendrez ce que le mot franc-jeu veut dire ! Lisez aussi le Règlement technique !

Soyons franc ! je n'avais pas lu ce règlement avant de savoir que je viendrais ici aujourd'hui. Mais je dois dire que certains points m'ont impressionné : le respect de l'autre, l'interdiction des prises brutales et dangereuses. Si j'en avais eu connaissance plus tôt, j'aurais proposé qu'on les inscrive en préambule de la nouvelle Constitution fédérale.

Je vous dis tout cela non seulement parce qu'il me reste de la sciure sur les épaules (celle des bouchons autoroutiers et des accords aériens...) et que j'aimerais bien parfois que quelqu'un me l'enlève ; je vous le dis parce que j'ai lu dans vos statuts et dans vos règlements que pour vous la force n'est jamais la brutalité ni le résultat de coups bas ou d'un comportement égoïste, mais qu'elle naît bien plus du respect que vous avez de l'adversaire dont vous avez mis les épaules au sol. Tout est là ! Pas besoin de règles tatillonnes. Le principe suffit. Et on s'y tient !

La vraie force des forts consiste à respecter ceux qui sont plus faibles qu'eux. C'est vrai partout, en politique aussi. Laquelle est au service de tous, des générations à venir, des plus faibles, des minorités.

Je vous dis cela parce que notre pays ne comprend pratiquement que des minorités, basées sur la langue, sur l'appartenance régionale, sur les convictions politiques, mais aussi sur la manière de concevoir la vie, différente selon que nous habitons à la ville ou à la campagne.

Nous parlons beaucoup de barrières dans ce pays, d'une barrière de roestis, plus récemment d'une barrière de saucisses de Saint-Gall. Pour ma part, je suis surtout préoccupé par le fossé qui sépare les villes des campagnes.

Lors de presque toutes les votations, deux mondes s'opposent : la Suisse qui change et la Suisse qui voudrait rester telle qu'elle a été. Or, cela a toujours été la force de ce pays de conjuguer ces deux mouvements. Nous devons surmonter ces points de vue opposés et nous en sommes capables.

Seuls ceux qui sont conscients des traditions et des racines de ce pays et qui les respectent peuvent changer la Suisse. Et seuls ceux qui préparent la Suisse aux défis de demain peuvent maintenir l'esprit de nos traditions, à savoir une Suisse des cultures multiples, forte, neutre, qui prend sa place dans le monde avec engagement.

Il est très important que villes et campagnes se respectent et cherchent à se rencontrer, qu'elles reprennent la vieille tradition qui est la vôtre et qui consiste à accueillir dans vos associations des « gymnastes » naguère exclusivement citadins et des « bergers » aux origines rurales. Gymnastes ou bergers, ruraux ou citadins, vous vous retrouvez tous dans le même rond de sciure. C'est ça la Suisse !

Je n'oublierai jamais le jour où, au Théâtre municipal de Zurich, qui donne souvent des pièces critiques envers notre patrie, un montagnard nommé Ogi a remis le témoin de la présidence à un citadin nommé Leuenberger, dans un climat d'émotion partagé par tous.

Un événement semblable a lieu aujourd'hui : Vous avez invité le citadin que je suis à votre fête et permettez-moi de vous dire que j'y suis venu avec plaisir. Je suis heureux de pouvoir tirer personnellement des leçons de votre esprit sportif. Il est trop tard pour que vous m'appreniez la lutte à la culotte - mon sport à moi, ce serait plutôt les discours ! -. Néanmoins vous m'avez appris une chose : c'est que le « kurz », le tiré-court, est la prise la plus courante. Je serai donc court !

Que la fête soit belle !

Si vous avez des questions ou des remarques concernant ce site, contactez-nous à l'adresse suivante:  Barrylouise@net2000.ch .
Dernière modification:: 06 October 2011